La place des Usagers dans le
rapport d'aide
Le thème a été abordé à partir de 4 questionnements :
- Les usagers doivent-ils participer monétairement ?
- Sont-ils invités à donner du temps, pour les tâches collectives nécessaires au bon
fonctionnement de l'épicerie ?
- Comment sont-ils associés à la gestion ?
- Comment s'articulent les relations entre les salariés bénévoles et les usagers ?
Chaque thème a été introduit par les témoins et a donné lieu à des réactions avec la salle.
Les 3 expériences témoins étaient :
- Graine d'idées à la Roche Sur Yon
- L'épicerie sociale de Canteleu
- Et l'épicerie sociale d'Argentan
Seule la dernière est une émanation du C.C.A.S. de la ville. Les deux premières sont
des initiatives associatives.
1. Les usagers doivent-ils payer ?
A la Roche Sur Yon, les adhérents paient 10% du coût des produits et il y a une cotisation de 2 euros.
L'épicerie doit être vécue comme un bien commun, on n'est pas seulement "client".
A Canteleu, il y a une cotisation mensuelle de 13 euros, variable en fonction des besoins des familles.
Le crédit alloué est au moins de 300 euros par mois dans la structure. Les produits à disposition
respectent les prix réels de la grande distribution. Ce système est proposé pour aider à la gestion
du budget familial.
A Argentan, 10% sont demandés sur les achats effectués sauf sur les aliments qui sont donnés.
Par la participation financière, les responsables des épiceries veulent trouver des occasions
d'échanges. Ce n'est pas la charité; toutes les épiceries indiquent les prix des produits,
ce qui permet aux personnes qui viennent régulièrement s'y approvisionner de ne pas être trop déconnectées
du réel.
Les usagers en payant, retrouvent la liberté.
2. Le don de temps
Plusieurs formules sont utilisées y compris au sein d'une même structure.
Certaines épiceries, plus rarement, exigent une participation "obligatoire" sauf pour
ceux qui travaillent; ceux qui rechignent sont peu nombreux (5% en moyenne).
A la Roche Sur Yon, il est proposé de travailler au jardin 3 demies journées, qui produit
les légumes vendus à l'épicerie ou sur d'autres chantiers.
Les personnes sont rémunérées ce qui facilite leur autonomie, et une future insertion professionnelle.
Le plus souvent, les personnes sont sollicitées sur des activités à la marge de l'épicerie, atelier cuisine,
valorisation de savoir-faire, le but est alors de lutter contre l'isolement et il n'y a aucune obligation.
C'est une première marche pour sortir parfois de l'inactivité. Les usagers sont aussi sollicités au moment
de collectes
(ex : journées de la Banque alimentaire), mais peu de personnes y participent.
Quelques participants à l'atelier, dont une ex-usagère, on réagit négativement à l'idée de
l'implication dans la vie
de la structure estimant que l'on devrait rien avoir à demander à des personnes qui se retrouvent dans
cette situation, qu'elles n'ont pas choisie. "Quand on va à l'épicerie sociale, on a envie
d'en sortir le plus vite possible et on ne devrait pas s'y impliquer". Cela doit rester un service
gratuit, pour passer les mauvais moments d'une vie.
3. La participation à la vie de la structure
Les usagers doivent-ils participer aux décisions concernant le fonctionnement des épiceries,
peuvent-ils être membres des conseils d'administration ?
A Canteleu, des réunions d'informations sont régulièrement tenues, où les bénéficiaires participent et
2 sont élus au Conseil d'administration au moment de l'AG.
A Argentan, un comité technique a été mis en place mais il est constaté qu'il est difficile pour
les bénéficiaires de représenter les autres, de plus le souci des usagers comme des responsables est
de faire en sorte qu'ils restent le moins longtemps possible bénéficiaires de ce service.
A la Roche Sur Yon, les usagers participent à l'AG,
100 personnes sont présentes en moyenne, c'est le lieu de discussion sur les grandes orientations
de l'association. Ils n'ont pas souhaité que les usagers participent au CA, ce qui pourrait fausser
la relation avec les salariés de l'association, l'usager devenant employeur.
Ils pensent mettre en place un comité d'usagers.
Là encore des réactions dans la salle témoignent de la grande diversité des points de vue entre ceux qui
sont opposés à toute participation et ceux qui souhaitent créer une nouvelle épicerie en partant de la
parole, l'expression et les idées des usagers et leur future participation aux décisions.
4. Les relations entre bénévoles et salariés
A la Roche Sur Yon, le souci est de faire une place aux usagers la plus importante possible, et c'est
parfois difficilement conciliable avec une présence d'un trop grand nombre de bénévoles; "le bénévole est
au service de l'association et non l'inverse".
A Canteleu, les bénévoles sont très investis et des réunions bi-mensuelles permettent la régulation
nécessaire entre salariés, usagers et bénévoles.
A Argentan, il y a 12 bénévoles mais la responsable insiste sur le fait qu'il convient de former
les bénévoles.
Des usagers de l'épicerie de Honfleur ont regretté de ne pas pouvoir être bénévoles au sein de la
structure. Ils se sentiraient moins assistés.
Des personnes d'Alençon ont témoigné d'une autre approche : des habitants d'un quartier et des travailleurs
sociaux travaillent à la réouverture d'une épicerie, qu'ils estiment être d'abord un lieu de rencontres et
de création de services, évitant le côté artificiel voire l'aspect "ghetto" des épiceries sociales.
Dans ce cas les habitants sont au coeur du projet.
Enfin le mot de conclusion revient à une responsable d'une conférence de St Vincent de Paul qui dit
avoir saisi toute la complexité de ces relations usagers, responsables, salariés, bénévoles et qu'avant
l'ouverture d'un nouveau service, elle s'attachera à favoriser l'expression des usagers.
En 1 h 30, nous n'avons réussi qu'à poser des questions, entendre des expériences; peu d'usagers
(ils étaient aussi peu nombreux), se sont exprimés sauf en fin d'atelier, ils veulent être entendus,
pour que leurs vécus, leurs histoires singulières, leurs jugements critiques influent sur les dispositifs
mis en place pour les aider, étaient plus rares dans la salle, ceux qui veulent être davantage
associés au fonctionnement; mais seul une étude plus fine en leur direction permettrait de faire d'autres
propositions.
Annie BERGER (Présidente de l'Association Régionale De l'Economie Solidaire)
Synthèse de l'atelier 3
Quels produits distribuer et pour quels objectifs ?
Intervenants : M. Saudin, chargé des affaires sociales, K.Gouay et F.Loison pour EPISOL,
Mme Loudiyi pour la Voix des Femmes
Choix des produits présentés : les critères sont initialement classiques, fonction de la qualité des
produits ainsi que leur prix, ils doivent également être en cohérence avec les habitudes de consommation
du moment.
Cependant d'autres critères de choix peuvent être introduits dans une démarche éducative en particulier.
Enfin, cette offre ne peut pas être illimitée et la question des limites est liée à celle du superflu.
Qu'est-ce que le superflu pour les parents, les enfants ? Comment peut-on en juger ? Par ailleurs l'obtention
du superflu est clairement lié à la notion de mérite, de travail. Comment l'insérer dans ce contexte ?
Les réponses :
Episol, la notion de produits à considérer comme indispensable a beaucoup progressé, il est difficile
aujourd'hui de ne considérer que les produits strictement alimentaires, les produits d'hygiène, le matériel
scolaire nous paraissent avoir le même caractère indispensable.
La pression des nouvelles habitudes de consommation, la recherche d'emballages attractifs ne peuvent
pas être totalement négligées en particulier vis à vis des enfants.
Dans notre structure les usagers expriment leurs envies, un dialogue s'instaure et nous décidons des
produits à introduire en concertation. L'objectif est de faire émerger les demandes et ensuite de
reconnaître ou non leur légitimité. Il faut également prendre en compte les habitudes des migrants.
Nous avons noté l'intérêt d'un changement fréquent de produits pour réactiver l'intérêt de choisir.
En résumé nous essayons de pratiquer le choix orienté avec une éducation à la consommation qui est
une mission importante. L'atelier cuisine joue un grand rôle et permet de faire progresser les usagers
sur l'utilité véritable de chaque produit alimentaire.
La Voix des Femmes, une partie des produits n'est pas choisie quand ils sont reçus de la banque alimentaire
Les produits manquants ou choisis doivent être achetés sur le budget de l'association ce qui limite
l'éventail.
La composition du panier est toujours discutée avec les personnes, orientée en fonction de la connaissance
que nous avons des habitudes de la famille.
Concernant les migrants nous n'avons, volontairement pas recours à des produits spécifiques dans la mesure
où il est possible avec les denrées proposées de satisfaire aux obligations religieuses. Cette orientation
est toujours expliquée, elle vise à rendre les personnes capables de se "débrouiller" dans un
environnement qui n'a pas leurs habitudes.
Au total ce qui domine est une volonté d'être à l'écoute des besoins ressentis comme vitaux et de faire
participer au choix des produits. En revanche tout n'est pas accessible mais la volonté d'en exprimer
les raisons et de faire comprendre la légitimité des choix semble éviter les rancoeurs.
Enfin concernant les limites à fixer au complément alimentaire, un souci s'exprime clairement qui est
d'éviter les transferts du budget alimentaire vers des budgets annexes.
L'inadéquation entre la demande exprimée et l'aide alimentaire dispensée est clairement ressentie,
répondre à la demande serait de pouvoir accorder un complément de ressources. Pour autant le travail
éducatif et social réalisé serait perdu alors qu'il semble représenter aujourd'hui, dans la majorité des
cas un bénéfice important, sensiblement égal à l'apport de denrées.
François SAUDIN (Elu chargé des Affaires Sociales)
Idées clés de l'atelier 3
Nécessité d'un projet éducatif lié au fonctionnement de la structure.
Importance de la participation des usagers à la réflexion et au développement du projet.
Accepter l'échange avec les usagers pour déterminer la gamme de produits dans l'Épicerie Sociale.
A noter : difficultés pour les associations ne bénéficiant que de la Banque Alimentaire de proposer
beaucoup de choix dans leurs produits.
Laisser la possibilité aux usagers de choisir et de se faire plaisir.
Penser aux personnes seules (1/2 boîte) et aux S.D.F. souvent peu équipés pour cuisiner.
Valoriser des recettes de cuisine simples par le biais de conseils, de démonstration et de dégustation.