Synthèse des ateliers du Forum du 20 novembre 2003


Voici enfin les synthèses des différents ateliers auxquels vous avez participé. Nous vous demandons de bien vouloir nous excuser pour le retard de cette publication. Suite au forum et à sa médiatisation, nous avons été sollicité pour différents questionnements, conseils, interventions. Nous nous investissons au mieux pour faire vivre ce réseau en plus du fonctionnement de la structure, vous le savez ceci n'est pas une mince affaire.

A ce propos, il nous paraît utile de mettre en place différentes réunions en fonction des thématiques qui vous intéresse.
L'idéal serait d'organiser ces rencontres dans les différents départements de la Haute et Basse Normandie. Nous attendons vos propositions car vous êtes aussi acteurs de ce réseau et cette démarche reste collective.
Nous vous remercions encore de vous être mobilisés pour échanger toutes ces réflexions sur les épiceries sociales, nous sommes encore surpris de l'intérêt que ce forum a pu susciter. Ce débat mérite de continuer...


Remerciements pour leur participation et leur investissement :

Monsieur Lamarre, Maire de Honfleur
Madame Martinie, Conseillère technique, Représentante du Secrétariat d'État à la Lutte contre la Précarité et l'Exclusion
Madame Berger, Présidente de l'ARDES Caen
Monsieur Gourdeau, Agent de développement, ARDES Caen
Monsieur Charlot, Sociologue Caen
Madame Fouquet, Responsable Le Quotidien, Canteleu
Monsieur Noury, SIAS Granville
Monsieur Nabat, Mission Locale Baie de Seine, Honfleur
Madame Avril, Graine d'I-D, Roche sur Yon
Monsieur Laaïfat, Honfleur Jeunesse
Madame Loudiyi, la Voix des Femmes, Hérouville
Madame François, Carrefour Fondation, Association Pacte
Madame Garrec, Sous-Préfet, Vire
Madame Lemarié, Chef de service, Le Havre
Monsieur Rogue, Moderniser Sans Exclure, Hérouville
Madame Garnier, CCAS, Argentan


Synthèse concernant l'atelier n°1 :

Action sociale et Territoire


La première partie du déroulement de l'atelier a été consacré à une série de présentation de situations illustrant soit la participation de certains bénévoles issus d'associations caricatives, au fonctionnement même d'épiceries sociales gérées par des communes ou des CCAS ; soit la complémentarité sur les territoires entre la direction d'action sociale communale ou intercommunale et les associations caritatives dont chacun s'accordait pour reconnaître qu'elles étaient différentes près des besoins.
Après ces premiers constats, la réflexion s'est engagée à partir du constat que cette cohabitation et ce partenariat n'allait pas toujours de soi, et que souvent, face à une pluralité d'acteurs associatifs et publics oeuvrant sur un même territoire, la définition partagée d'un travail en partenariat s'imposait de manière un peu brutale, il était précisé qu'il s'agissait parfois de devoir régler des conflits de conception de l'intervention même et ce qui s'apparentait également à des conflits d'intérêt entre les structures.
Pour cela, qui apparaissait comme la préclasse nécessaire à définir les conditions d'un travail en partenariat, en complémentarité, plusieurs modalités ont été proposées.
D'abord, la participation et l'implication des bénévoles des associations caritatives au fonctionnement même des épiceries sociales(communales, intercommunales), en ce que cela favorise à la fois la connaissance du service rendu et la connaissance et la relation avec les bénéficiaires.
Ensuite, l'organisation d'un "tour de table" qui permet de construire un accord sur "le qui fait quoi ?" et le "comment on fait ?" en matière d'aide alimentaire sur le territoire considéré.
Enfin, quand il existe une véritable dynamique de projet social sur le territoire (ce dont ont pu témoigner quelques participants), l'articulation entre les logiques supposées descendantes (des services sociaux) et les besoins des personnes supposées mieux "saisies" par les associations caritatives devient évidente.
L'atelier s'est conclu sur un plaidoyer pour l'élaboration et la mise en oeuvre de véritables projets sociaux de territoire, pour lesquels partenariat et complémentarité entre les acteurs associatifs et publics est une condition de réussite....

Jean Luc CHARLOT (Sociologue)



Synthèse concernant l'atelier n°2 :

La place des Usagers dans le rapport d'aide


Le thème a été abordé à partir de 4 questionnements :

- Les usagers doivent-ils participer monétairement ?
- Sont-ils invités à donner du temps, pour les tâches collectives nécessaires au bon fonctionnement de l'épicerie ?
- Comment sont-ils associés à la gestion ?
- Comment s'articulent les relations entre les salariés bénévoles et les usagers ?

Chaque thème a été introduit par les témoins et a donné lieu à des réactions avec la salle. Les 3 expériences témoins étaient :

- Graine d'idées à la Roche Sur Yon
- L'épicerie sociale de Canteleu
- Et l'épicerie sociale d'Argentan
Seule la dernière est une émanation du C.C.A.S. de la ville. Les deux premières sont des initiatives associatives.


1. Les usagers doivent-ils payer ?

A la Roche Sur Yon, les adhérents paient 10% du coût des produits et il y a une cotisation de 2 euros. L'épicerie doit être vécue comme un bien commun, on n'est pas seulement "client".
A Canteleu, il y a une cotisation mensuelle de 13 euros, variable en fonction des besoins des familles. Le crédit alloué est au moins de 300 euros par mois dans la structure. Les produits à disposition respectent les prix réels de la grande distribution. Ce système est proposé pour aider à la gestion du budget familial.
A Argentan, 10% sont demandés sur les achats effectués sauf sur les aliments qui sont donnés.
Par la participation financière, les responsables des épiceries veulent trouver des occasions d'échanges. Ce n'est pas la charité; toutes les épiceries indiquent les prix des produits, ce qui permet aux personnes qui viennent régulièrement s'y approvisionner de ne pas être trop déconnectées du réel. Les usagers en payant, retrouvent la liberté.


2. Le don de temps

Plusieurs formules sont utilisées y compris au sein d'une même structure.
Certaines épiceries, plus rarement, exigent une participation "obligatoire" sauf pour ceux qui travaillent; ceux qui rechignent sont peu nombreux (5% en moyenne).
A la Roche Sur Yon, il est proposé de travailler au jardin 3 demies journées, qui produit les légumes vendus à l'épicerie ou sur d'autres chantiers.
Les personnes sont rémunérées ce qui facilite leur autonomie, et une future insertion professionnelle.
Le plus souvent, les personnes sont sollicitées sur des activités à la marge de l'épicerie, atelier cuisine, valorisation de savoir-faire, le but est alors de lutter contre l'isolement et il n'y a aucune obligation.
C'est une première marche pour sortir parfois de l'inactivité. Les usagers sont aussi sollicités au moment de collectes
(ex : journées de la Banque alimentaire), mais peu de personnes y participent.
Quelques participants à l'atelier, dont une ex-usagère, on réagit négativement à l'idée de l'implication dans la vie
de la structure estimant que l'on devrait rien avoir à demander à des personnes qui se retrouvent dans cette situation, qu'elles n'ont pas choisie. "Quand on va à l'épicerie sociale, on a envie d'en sortir le plus vite possible et on ne devrait pas s'y impliquer". Cela doit rester un service gratuit, pour passer les mauvais moments d'une vie.


3. La participation à la vie de la structure

Les usagers doivent-ils participer aux décisions concernant le fonctionnement des épiceries, peuvent-ils être membres des conseils d'administration ?
A Canteleu, des réunions d'informations sont régulièrement tenues, où les bénéficiaires participent et 2 sont élus au Conseil d'administration au moment de l'AG.
A Argentan, un comité technique a été mis en place mais il est constaté qu'il est difficile pour les bénéficiaires de représenter les autres, de plus le souci des usagers comme des responsables est de faire en sorte qu'ils restent le moins longtemps possible bénéficiaires de ce service.
A la Roche Sur Yon, les usagers participent à l'AG, 100 personnes sont présentes en moyenne, c'est le lieu de discussion sur les grandes orientations de l'association. Ils n'ont pas souhaité que les usagers participent au CA, ce qui pourrait fausser la relation avec les salariés de l'association, l'usager devenant employeur. Ils pensent mettre en place un comité d'usagers.
Là encore des réactions dans la salle témoignent de la grande diversité des points de vue entre ceux qui sont opposés à toute participation et ceux qui souhaitent créer une nouvelle épicerie en partant de la parole, l'expression et les idées des usagers et leur future participation aux décisions.


4. Les relations entre bénévoles et salariés

A la Roche Sur Yon, le souci est de faire une place aux usagers la plus importante possible, et c'est parfois difficilement conciliable avec une présence d'un trop grand nombre de bénévoles; "le bénévole est au service de l'association et non l'inverse".
A Canteleu, les bénévoles sont très investis et des réunions bi-mensuelles permettent la régulation nécessaire entre salariés, usagers et bénévoles.
A Argentan, il y a 12 bénévoles mais la responsable insiste sur le fait qu'il convient de former les bénévoles.
Des usagers de l'épicerie de Honfleur ont regretté de ne pas pouvoir être bénévoles au sein de la structure. Ils se sentiraient moins assistés.
Des personnes d'Alençon ont témoigné d'une autre approche : des habitants d'un quartier et des travailleurs sociaux travaillent à la réouverture d'une épicerie, qu'ils estiment être d'abord un lieu de rencontres et de création de services, évitant le côté artificiel voire l'aspect "ghetto" des épiceries sociales. Dans ce cas les habitants sont au coeur du projet.
Enfin le mot de conclusion revient à une responsable d'une conférence de St Vincent de Paul qui dit avoir saisi toute la complexité de ces relations usagers, responsables, salariés, bénévoles et qu'avant l'ouverture d'un nouveau service, elle s'attachera à favoriser l'expression des usagers.

En 1 h 30, nous n'avons réussi qu'à poser des questions, entendre des expériences; peu d'usagers (ils étaient aussi peu nombreux), se sont exprimés sauf en fin d'atelier, ils veulent être entendus, pour que leurs vécus, leurs histoires singulières, leurs jugements critiques influent sur les dispositifs mis en place pour les aider, étaient plus rares dans la salle, ceux qui veulent être davantage associés au fonctionnement; mais seul une étude plus fine en leur direction permettrait de faire d'autres propositions.

Annie BERGER (Présidente de l'Association Régionale De l'Economie Solidaire)



Synthèse de l'atelier 3

Quels produits distribuer et pour quels objectifs ?


Intervenants : M. Saudin, chargé des affaires sociales, K.Gouay et F.Loison pour EPISOL,
Mme Loudiyi pour la Voix des Femmes

Choix des produits présentés : les critères sont initialement classiques, fonction de la qualité des produits ainsi que leur prix, ils doivent également être en cohérence avec les habitudes de consommation du moment.
Cependant d'autres critères de choix peuvent être introduits dans une démarche éducative en particulier. Enfin, cette offre ne peut pas être illimitée et la question des limites est liée à celle du superflu. Qu'est-ce que le superflu pour les parents, les enfants ? Comment peut-on en juger ? Par ailleurs l'obtention du superflu est clairement lié à la notion de mérite, de travail. Comment l'insérer dans ce contexte ?

Les réponses :

Episol, la notion de produits à considérer comme indispensable a beaucoup progressé, il est difficile aujourd'hui de ne considérer que les produits strictement alimentaires, les produits d'hygiène, le matériel scolaire nous paraissent avoir le même caractère indispensable.
La pression des nouvelles habitudes de consommation, la recherche d'emballages attractifs ne peuvent pas être totalement négligées en particulier vis à vis des enfants.
Dans notre structure les usagers expriment leurs envies, un dialogue s'instaure et nous décidons des produits à introduire en concertation. L'objectif est de faire émerger les demandes et ensuite de reconnaître ou non leur légitimité. Il faut également prendre en compte les habitudes des migrants.
Nous avons noté l'intérêt d'un changement fréquent de produits pour réactiver l'intérêt de choisir.
En résumé nous essayons de pratiquer le choix orienté avec une éducation à la consommation qui est une mission importante. L'atelier cuisine joue un grand rôle et permet de faire progresser les usagers sur l'utilité véritable de chaque produit alimentaire.

La Voix des Femmes, une partie des produits n'est pas choisie quand ils sont reçus de la banque alimentaire Les produits manquants ou choisis doivent être achetés sur le budget de l'association ce qui limite l'éventail.
La composition du panier est toujours discutée avec les personnes, orientée en fonction de la connaissance que nous avons des habitudes de la famille.
Concernant les migrants nous n'avons, volontairement pas recours à des produits spécifiques dans la mesure où il est possible avec les denrées proposées de satisfaire aux obligations religieuses. Cette orientation est toujours expliquée, elle vise à rendre les personnes capables de se "débrouiller" dans un environnement qui n'a pas leurs habitudes.



Au total ce qui domine est une volonté d'être à l'écoute des besoins ressentis comme vitaux et de faire participer au choix des produits. En revanche tout n'est pas accessible mais la volonté d'en exprimer les raisons et de faire comprendre la légitimité des choix semble éviter les rancoeurs.
Enfin concernant les limites à fixer au complément alimentaire, un souci s'exprime clairement qui est d'éviter les transferts du budget alimentaire vers des budgets annexes. L'inadéquation entre la demande exprimée et l'aide alimentaire dispensée est clairement ressentie, répondre à la demande serait de pouvoir accorder un complément de ressources. Pour autant le travail éducatif et social réalisé serait perdu alors qu'il semble représenter aujourd'hui, dans la majorité des cas un bénéfice important, sensiblement égal à l'apport de denrées.

François SAUDIN (Elu chargé des Affaires Sociales)



Idées clés de l'atelier 3

Nécessité d'un projet éducatif lié au fonctionnement de la structure.
Importance de la participation des usagers à la réflexion et au développement du projet.
Accepter l'échange avec les usagers pour déterminer la gamme de produits dans l'Épicerie Sociale.
A noter : difficultés pour les associations ne bénéficiant que de la Banque Alimentaire de proposer beaucoup de choix dans leurs produits.
Laisser la possibilité aux usagers de choisir et de se faire plaisir.
Penser aux personnes seules (1/2 boîte) et aux S.D.F. souvent peu équipés pour cuisiner.
Valoriser des recettes de cuisine simples par le biais de conseils, de démonstration et de dégustation.


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